EN CE TEMPS LA, IL Y AVAIT DES VIGNES...
A une demi-heure de marche de notre village, Canaja, hameau de Campile, on arrive au lieu-dit « terres rouges ». Sur le sentier dit « de Saint-Michel », surplombant la vallée du Golo, il y avait la vigne de mon grand-père, Pierre ROSSI. Elle était, je pense, ce qui lui tenait le plus à cœur.
Souvent, il m'arrive d'y aller car il y a une maisonnette en pierre que mon grand-père avait construite de ses mains. Le toit est une dalle en béton ce qui fait qu'elle est bien conservée, elle dispose d'une cheminée et l’intérieur est aménagé avec table et chaises.
La dernière fois que je m'y trouvais, je regardais ce vallon maintenant envahi de chênes et repensais à cette vigne, une de celles qui existaient au village dans les années soixante
Elle était constituée de trois planches bien entretenues, les murets bien faits et les rangées de ceps bien alignés avec les piquets en châtaigner. Les variétés plantées n'avaient pour but que de réaliser du vin. Il y avait du nielucciu, du ruminede (petit raisin blanc) et un peu de malvoisie car il donnait du goût.
A partir de février, jusqu'aux vendanges, le travail de la vigne occupait autant que le jardin. On taillait la vigne, parfois en Mars mais pas toujours car le dicton disait : « Taglia mi di marzu chi carcherraghiu ma un t'habista chi mi siccherraghiu ». Mars, Avril, Mai, on déchaussait et on faisait un labour central pour empêcher l'herbe de gêner aux vendanges puis on regardait s'il n'y avait pas de maladie. Si c'était le cas, on traitait à la bouillie bordelaise qui donnait cette couleur bleue aux feuilles ou on traitait au soufre et là, la vigne était jaune. Au mois de juin, il fallait éliminer les gourmands et quelques feuilles puis on attachait la vigne.
Enfin, septembre ou octobre, c'étaient les vendanges, le transport du raisin jusqu'au village avec les ânes et l'élaboration du vin puis pour finir celle de l'eau de vie.
Beaucoup de travail mais il procurait une satisfaction et un plaisir à celui qui te disait : « veni e tasta mi stu vinettu.. ! » A l'époque il n'était pas honteux de consommer ce breuvage, pas de stigmatisation comme aujourd'hui. U van di Carlu ROCCHI cantava :
«quellu qu'un beie mica vinu, un po sapè O PETRU-PA, cumme stu licore divinu
à noi ci face campa »..
PETRU-Pà, il avait une belle vigne à l'entrée du village, sous la route au niveau du lavoir. Elle constituait un joli coteau, elle était belle, qu'en reste-t-il...
En revenant de terres rouges, dans la descente après st Michel, il y avait la vigne de SAMPIERU , au-dessus du sentier, quelques planches et une maisonnette.
Au milieu du village, avant « l'engirada » il y avait la vigne dont s'occupait André MARIOTTI, elle était assez grande sur un coteau au bord de la route.
Un peu plus bas, en face la maison de mes grands-parents, il y avait la vigne de CARLU FRANCESCU , elle était aussi belle que celle de PETRU-Pà
Et pour finir, à la sortie du village, en descendant, il y avait la vigne de BLAISE, petite mais jolie, entre la route et « l'aghiale », avant le « tombalu ».
Je me souviens de ces choses qui datent du milieu des années soixante car je vivais chez mes grands-parents et était assez grand pour revoir le village à cette époque.
La majorité de la population était de la génération de mes grands-parents et perpétuait le mode de vie de la société rurale de l’époque. Une petite pension ou retraite, un emploi local complété par le travail agricole et l'élevage permettaient de vivre décemment.
Les jardins, le cochon, les poules et bien sur les vignes, tout cela faisait partie du paysage et ce n'est que maintenant que je réalise pleinement ce que cela représentait.
Tous ces gens que j'ai nommé étaient des personnages hauts en couleur qui produisaient ce vin que je n'ai jamais pu boire que coupé avec un peu d'eau. Pour ces anciens c'était le sang du Christ, c'est tout dire ...
Cela me rappelle la chanson de REGINA et BRUNO :
« noi frati di san martinu
un sapemu cume fà
quandu un n'avemu piu vinu
un pudemu piu canta
alleluia alleluia
Avec le temps, s'occuper de la vigne devenait difficile alors les gens du village descendaient à la plaine acheter le vin « chez julien » et les vignes ont disparu.
Un seul avait anticipé : c’était JEAN-NOEL qui a toujours consommé des bouteilles du commerce dont les cadavres s'empilaient devant sa porte. Et quand il était un peu éméché il dansait avec une bouteille entre les bras en l'appelant du prénom espagnol d'une de ses anciens amours …
Je ne vous ai parlé que des vignes que j'ai connues mais il y en avait d'autres en descendant vers les « muriccie », ma mère s'en souvient mais moi non, alors je ne me suis contenté que de mes souvenirs....
Pas de nostalgie... ma chi bellu tempu.. et pour terminer revenons à la chanson de CARLU ROCCHI qui se terminait par : Amore, Vinu e Liberta...
J-P H.
PS : A l'époque le nommé « Modération » ne s'est jamais fait connaître au village, on l'aurait jeté nun a funtana fresca .
A une demi-heure de marche de notre village, Canaja, hameau de Campile, on arrive au lieu-dit « terres rouges ». Sur le sentier dit « de Saint-Michel », surplombant la vallée du Golo, il y avait la vigne de mon grand-père, Pierre ROSSI. Elle était, je pense, ce qui lui tenait le plus à cœur.
Souvent, il m'arrive d'y aller car il y a une maisonnette en pierre que mon grand-père avait construite de ses mains. Le toit est une dalle en béton ce qui fait qu'elle est bien conservée, elle dispose d'une cheminée et l’intérieur est aménagé avec table et chaises.
La dernière fois que je m'y trouvais, je regardais ce vallon maintenant envahi de chênes et repensais à cette vigne, une de celles qui existaient au village dans les années soixante
Elle était constituée de trois planches bien entretenues, les murets bien faits et les rangées de ceps bien alignés avec les piquets en châtaigner. Les variétés plantées n'avaient pour but que de réaliser du vin. Il y avait du nielucciu, du ruminede (petit raisin blanc) et un peu de malvoisie car il donnait du goût.
A partir de février, jusqu'aux vendanges, le travail de la vigne occupait autant que le jardin. On taillait la vigne, parfois en Mars mais pas toujours car le dicton disait : « Taglia mi di marzu chi carcherraghiu ma un t'habista chi mi siccherraghiu ». Mars, Avril, Mai, on déchaussait et on faisait un labour central pour empêcher l'herbe de gêner aux vendanges puis on regardait s'il n'y avait pas de maladie. Si c'était le cas, on traitait à la bouillie bordelaise qui donnait cette couleur bleue aux feuilles ou on traitait au soufre et là, la vigne était jaune. Au mois de juin, il fallait éliminer les gourmands et quelques feuilles puis on attachait la vigne.
Enfin, septembre ou octobre, c'étaient les vendanges, le transport du raisin jusqu'au village avec les ânes et l'élaboration du vin puis pour finir celle de l'eau de vie.
Beaucoup de travail mais il procurait une satisfaction et un plaisir à celui qui te disait : « veni e tasta mi stu vinettu.. ! » A l'époque il n'était pas honteux de consommer ce breuvage, pas de stigmatisation comme aujourd'hui. U van di Carlu ROCCHI cantava :
«quellu qu'un beie mica vinu, un po sapè O PETRU-PA, cumme stu licore divinu
à noi ci face campa »..
PETRU-Pà, il avait une belle vigne à l'entrée du village, sous la route au niveau du lavoir. Elle constituait un joli coteau, elle était belle, qu'en reste-t-il...
En revenant de terres rouges, dans la descente après st Michel, il y avait la vigne de SAMPIERU , au-dessus du sentier, quelques planches et une maisonnette.
Au milieu du village, avant « l'engirada » il y avait la vigne dont s'occupait André MARIOTTI, elle était assez grande sur un coteau au bord de la route.
Un peu plus bas, en face la maison de mes grands-parents, il y avait la vigne de CARLU FRANCESCU , elle était aussi belle que celle de PETRU-Pà
Et pour finir, à la sortie du village, en descendant, il y avait la vigne de BLAISE, petite mais jolie, entre la route et « l'aghiale », avant le « tombalu ».
Je me souviens de ces choses qui datent du milieu des années soixante car je vivais chez mes grands-parents et était assez grand pour revoir le village à cette époque.
La majorité de la population était de la génération de mes grands-parents et perpétuait le mode de vie de la société rurale de l’époque. Une petite pension ou retraite, un emploi local complété par le travail agricole et l'élevage permettaient de vivre décemment.
Les jardins, le cochon, les poules et bien sur les vignes, tout cela faisait partie du paysage et ce n'est que maintenant que je réalise pleinement ce que cela représentait.
Tous ces gens que j'ai nommé étaient des personnages hauts en couleur qui produisaient ce vin que je n'ai jamais pu boire que coupé avec un peu d'eau. Pour ces anciens c'était le sang du Christ, c'est tout dire ...
Cela me rappelle la chanson de REGINA et BRUNO :
« noi frati di san martinu
un sapemu cume fà
quandu un n'avemu piu vinu
un pudemu piu canta
alleluia alleluia
Avec le temps, s'occuper de la vigne devenait difficile alors les gens du village descendaient à la plaine acheter le vin « chez julien » et les vignes ont disparu.
Un seul avait anticipé : c’était JEAN-NOEL qui a toujours consommé des bouteilles du commerce dont les cadavres s'empilaient devant sa porte. Et quand il était un peu éméché il dansait avec une bouteille entre les bras en l'appelant du prénom espagnol d'une de ses anciens amours …
Je ne vous ai parlé que des vignes que j'ai connues mais il y en avait d'autres en descendant vers les « muriccie », ma mère s'en souvient mais moi non, alors je ne me suis contenté que de mes souvenirs....
Pas de nostalgie... ma chi bellu tempu.. et pour terminer revenons à la chanson de CARLU ROCCHI qui se terminait par : Amore, Vinu e Liberta...
J-P H.
PS : A l'époque le nommé « Modération » ne s'est jamais fait connaître au village, on l'aurait jeté nun a funtana fresca .








