Simu tutti di qualchi locu. Eiu, so di a CANAGHJA

Les GAVINI de Campile


Rédigé le Jeudi 30 Janvier 2014 à 20:31 | Lu 1597 commentaire(s)


Les GAVINI de CAMPILE

Pour la plupart des jeunes campilais le nom de Gavini n'évoque plus grand chose. Seul reste de leur célébrité, ce que nous appelons 'u palazzu',* grande maison bourgeoise qui, aujourd'hui, s'en va à vau l'eau.
Quant à ses occupants autant dire qu'ils se sont évanouis. Seuls les fantômes de leurs ancêtres nous permettent encore de nous rappeler ce que fut cette illustre famille dont le nom fédérait autrefois tant de nos compatriotes.
D'ou viennent-t-ils ? De Sardaigne, là où un centurion romain, Gavin, séduit par le christianisme, y fut martyrisé sous Dioclétien et sanctifié.
La Corse n'étant pas loin, ils s'établirent tout d'abord dans le sud de l'ile puis 'migrèrent' vers nos régions : Loretto di Casinca, Castello di Rustino, Venaco, Ghjucatoghju, Campile entre autres, mais c'est chez nous, on peut le dire, que s'affirma leur prépondérance sur la vie politique corse pendant deux siècles et c'est là qu'ils accédèrent, vers 1700, au statut de notables.
Ensuite, par un jeu d'alliances avec des familles nanties ** ils devinrent progressivement propriétaires d'immenses étendues de biens sur la côte orientale en particulier, dont l'étang d'Urbino par exemple, acheté aux héritiers du conventionnel Salicetti par la femme de Sampiero. Et, pour clore ce passage relatif à leur patrimoine, il faut quand même rappeler qu'ils bénéficièrent, comme beaucoup d'autres, de l'attribution par l'Administration Royale des biens saisis aux opposants en remerciement de leur soutien à la République. Les Gavini, ont toujours entretenu avec leurs métayers des rapports pratiquement désintéressés, et s'il leur arrivait de vendre une parcelle ou une étendue (una lenza) ils le faisaient le plus souvent pour satisfaire une demande plus que par besoin ou recherche de profit.
Malgré tout ça, ils ne firent jamais partie de la noblesse corse, même pas de celle que le Conseil Supérieur créa au profit d'une centaine de familles sur production de titres et certains 'arrangements' avec le Bon Dieu. Cette 'reconnaissance' leur faisait défaut... En effet, par leur ascension sociale ils étaient amenés à côtoyer une certaine classe de gens où le sésame étaient la particule et le blason. Qu'à cela ne tienne, pour ce qui est de la particule, il suffisait de l'intercaler entre le nom de famille et le lieu d'origine et le tour était joué. Mais cela fit long feu. Pour ce qui est du blason, il fallait le créer ... on le créa ... Comment ? Les légendes à ce sujet sont plus nombreuses que le vrai chapeau de Napoléon, je me bornerai donc à en rappeler l'une d'entre-elles, celle que j'ai souvent entendue dans mon tout jeune âge : un jour, un seigneur Gavini longeant à cheval une de ses propriétés jusque là inculte autour de l'ancien village de San Ni-u-lo *** y vit une centaine de 'diablotins' qui finissaient d'y planter un champ d'oliviers. Sur le bord de la route un noble chevalier, somptueusement vêtu, dormait, un livre ouvert sur la tête pour se protéger du soleil. Le seigneur Gavini comprit qu'il s'agissait du diable. Il s'empara du livre et s'enfuit. Mais le diable, car c'était bien lui, enfourchant son cheval, le poursuivit jusqu'à Campile où, là, par miracle, la porte de l'église s'ouvrit permettant au seigneur Gavini de s'y engouffrer. Hélas, Ni-u-lo, le saint protecteur, ne put empêcher Satan de trancher d'un coup d'épée la queue de son cheval et pour se racheter fit en sorte que celle-ci repoussa en crins d' or.
Quant au livre il aurait été emmuré dans une aile du palazzu. Le jour où il sera retrouvé, dit-on, l'église de Campile s'effondrera. Si donc un esprit curieux s'avise de se mettre à la recherche de cet ouvrage qu'il veuille bien réfléchir à quel malheur il nous expose ....
Revenons au blason. Nous voila en possession des éléments nécessaires à sa création . Il se lit :
" d'argent au livre ouvert de gueules, de sable à la queue de cheval d'or, de gueules à la tour d'argent sur une montagne du même".
Surmonté d'une Couronne de Comte et de la devise des seigneurs du lieu : "Semper lo Stesso" il figure, depuis sa création, au dessus de la porte d'entrée de leur demeure campilaise.
Plusieurs ouvrages seraient nécessaires pour raconter les Gavini de Campile et les quelques faits rapportés ci-dessus ne font qu'établir un cadre de leur histoire. On peut dire qu'elle s'étale sur plusieurs siècles, du jour de leur arrivée en Corse, à la disparition prématurée en 1971 de leur dernière représentante, Catherine Hauvespre. Elle avait pris la relève de son père, Jacques Gavini (u sgio Jacques) qui fut, pendant quelques années une des personnalités les plus en vue de la Corse. Il avait été ministre et failli être élu Président de la République à une voix près (la sienne). C'était un homme d'une grande courtoisie, pratiquant, comme ses prédécesseurs rectitude morale et désintéressement tant pour la conduite de sa carrière politique que pour la gestion de son patrimoine.
Avec lui et sa fille se terminait l'histoire d'une famille dont le souvenir s'estompe tout aussi vite que la reconnaissance de leurs bienfaits.

J'ai emprunté à J.Charbonnier quelques uns des évènements que je rapporte, lui même ayant réuni, pour son ouvrage consacré à Denis Gavini, ('u sgio Dionisu') une foule de document relatifs à la saga que constituait cette famille.
* Je rappelle que le terme 'palazzo' désigne en italien un palais, une grande bâtisse, voire un immeuble.
** Disons, en passant, pour la petite histoire, qu'une parenté latérale fait que les Gavini étaient apparentés à Pascal Paoli par l'entremise de la grand-mère, née Valentini, originaire de Pastureccia, dans le Rustino.
*** J'écris Ni-u-lo en phonétique tel qu'on le prononce dans notre région. Il s'agit en fait de San Niculau, ou San Nicula c'est à dire... Saint Nicolas.









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