Simu tutti di qualchi locu. Eiu, so di a CANAGHJA

L AFFAIRE CAGNETTO, une histoire vraie


Rédigé le Lundi 5 Février 2018 à 09:50 | Lu 214 fois | 0 commentaire(s)

L’AFFAIRE CAGNETTO
Un coup de sang!




L’AFFAIRE CAGNETTO , un triste fait divers à Canaja.
 
A Canaja, l’entrée du village a été baptisée ‘La Croix’. Avec une telle appellation on peut penser qu’il y a là un carrefour où deux rues se croisent. Il n’en n’est rien car la topographie du lieu ne le justifie pas.
 
Alors de quoi s’agit-il ? Il est à peu près certain que ce nom a été donné à l’endroit pour le rachat expiatoire d’un triple assassinat qui s’est déroulé à quelques pas de là.
 
L’affaire se passe en 1840. Les anciens que j’ai connus en tenaient la relation orale de leurs parents et en parlaient ‘de mémoire’.
 
Canaja était à l’époque un hameau d’une trentaine de foyers et d’une centaine de personnes environ. On y vivait modestement mais pas mal. On se satisfaisait des produits du sol et des animaux habituels : chèvres, porcs, poules et lapins. Dans la campagne environnante toute parcelle exploitable est cultivée et, autour du village, potagers et vergers fournissent abondamment fruits et légumes. A l’adret, l’olivier, à l’ubac, le châtaignier, ‘l’arbre à pain’ de notre région, assurent à presque tout le monde le moyen de se nourrir sainement et à peu de frais.
 
A quatre cent cinquante mètres d’altitude, l’hiver est assez rude et l’enneigement fréquent. En été, les larges vallées et la verdure, contribuent à tempérer le climat. En toutes saisons, les murs épais des maisons, percés de petites fenêtres, protègent assez bien des températures extrêmes.
 
Voyons comment se présente ‘a sala’, la pièce principale d’une maison corse de l’époque. Sauf à être disposé dans un bâtiment prévu pour ça, (le ‘grattaghju’ : séchoir à châtaignes), le ‘fucone’ prône au milieu de la pièce. C’est le feu central, c’est l’âme du foyer. Il dispense lumière et chaleur et crée une ambiance très conviviale. La fumée qui s’en dégage pique un peu les yeux mais elle est saine et donne aux murs et aux meubles une jolie teinte ocre.
 
Autour de lui se vivent, en hiver surtout, les évènements familiaux ou communautaires, se discutent et se règlent les litiges, les rapports de famille ou de voisinage, l’organisation des travaux agricoles. On parle de tout et de rien, de ce qui fait rire ou pleurer, c’est ici qu’aboutissent les potins de la vie quotidienne. Si on grille des marrons dans le ‘testu’ ou si l’on fait cuire des châtaignes ‘ballotte’ c’est sur place qu’on les déguste.
 
Le ‘fucone’ d’autrefois était identique à celui d’aujourd’hui (pour peu qu’il en existe encore…). C’est un châssis carré de un mètre de côté environ dont les rebords en bois sont protégés du feu par quatre pierres plates taillées en conséquence. Le trépied, ‘u spedu’ –broche- une pincette et un soufflet constituent l’équipement nécessaire, l’accessoire étant une ‘chighera’, petit pot en terre qui contient et maintient le café au chaud prêt à être servi.
 
Du plafond, ou plutôt de la ‘grade’ –il s’agit de raies en bois à claire-voie sur lesquelles on étale les châtaignes pour les faire sécher- pend ‘a catena’ –la crémaillère- au crochet de laquelle est accrochée ‘a pinghjiula’ –la marmite- de soupe. On remarque également des traverses en bois où sera pendue la charcuterie que l’on fera fumer aux alentours de Noël.
 
Quels sont les autres meubles ? En bonne place ‘u bancone’. C’est le banc du maître de maison qui s’y assied mais pas forcément seul, ou s’y étend pour une sieste. Long de deux mètres environ, il dispose d’un très haut dossier et d’un coffre dans lequel on range farine et autres denrées pour les mettre à l’abri des rongeurs. Il y a une table, généralement rectangulaire et quelques chaises paillées plus deux ou trois ‘banchette’ –petits bancs-. Le traditionnel buffet de cuisine est là et contient, dans sa partie haute le ‘tout courant’ de la vaisselle et dans la partie inférieure la vaisselle du dimanche ou des jours de fêtes.
Le four à pain, accolé à la maison, est repérable de l’extérieur par sa forme arrondie. Sa bouche peut donner sur la pièce intérieure et permettre ainsi un enfournement direct. Une fois cuit le pain est rangé dans la partie basse de la meria et se conserve ainsi plusieurs jours.
 
Il ne faut pas croire que dans cet environnement tout est calme et serein, la vie de l’époque n’était pas un long fleuve tranquille et c’est dans une maison comme celle-ci que se joua le scénario qui devait aboutir au massacre évoqué plus haut.
 
Que s’est-il passé exactement ? On n’en sait pas grand-chose sinon à consulter la Gazette des Tribunaux de l’époque. Je me bornerai donc à rapporter la relation des évènements tels que les gens du village les racontaient, les tenant eux-mêmes de leurs parents et peut-être même quelque peu modifiés et dramatisés. Toujours est-il qu’il s’agit d’une affaire ayant pour origine le manquement à une promesse de mariage. Le couple qui habitait cette maison était aisé et jouissait d’une certaine considération au point que la femme, qui s’appelait Maria-Francesca, avait droit au qualificatif de ‘signuruccia’ (cf : v/en fin de chapître). Elle possédait, comme on disait alors ‘des biens’ et une fille, Mariana. Celle-ci s’était éprise d’un jeune homme qui n’avait qu’un défaut : il était curé.
 
Qu’elles furent leurs relations ? On n’en sait rien mais on peut penser, dans le contexte de l’époque, qu’elles ne dépassèrent jamais le stade platonique. Toujours est-il que notre curé finit par jeter le froc aux orties et fit savoir aux parents de la belle qu’il était prêt à l’épouser. Dans un premier temps ceux-ci acceptèrent et le jeune homme, qui avait tout de même une trentaine d’années, fut reçu à la maison comme il se doit.
 
Mais au bout de quelques temps leur attitude à son égard changea subitement. Que s’est-il passé ? On le saura longtemps après par les dires de la personne qui avait ‘arrangé’ le nouveau mariage. En effet, un parti plus intéressant s’étant présenté les parents étaient revenus sur leur assentiment premier. La marieuse leur avait présenté le fils de riches propriétaires terriens de la région de Lama, possédant entre autre une vaste oliveraie leur assurant de confortables revenus.
 
Danesi dit ‘Cagnetto’, le fiancé éconduit qui tentait, ce soir là, sa dernière chance auprès des parents de son ex promise dira : « …en poussant le portail de l’entrée je les ai entendus dire : « … po sempre aspetta Cagnettu, a nostra figliola un’e per ellu… » -…il peut toujours attendre C…notre fille n’est pas pour lui…-. On su qu’il y avait là les parents du nouveau prétendant et l’amie de la famille, la ‘marieuse’.
 
On peut s’imaginer dans quel état le mit ce qu’il venait d’entendre. Il quitta subitement les lieux et revint le lendemain armé d’un fusil et d’un stylet. Il commença par abattre le père puis la mère qui se trouvaient dans leur champ avec un expert chargé d’évaluer la valeur du bien qui constituait une partie de la dote et poursuivit la jeune fille à laquelle il infligea le même sort. Dans sa folie meurtrière il aurait voulu tuer également un petit enfant qui s’était enfui et caché sur le tronc d’un olivier (l’arbre, témoin muet de la scène, est encore là, aujourd’hui, un siècle et demi après…). L’enfant ne dut son salut qu’à l’intervention d’un voisin, le vieux Cappelluti. Alerté par ses cris, mais  ne sachant pas ce qui venait de se passer quelques mètres plus loin, n’ayant pas imaginé la gravité de la situation il dit avoir crié à l’assassin : « … non fa queste cose, bruta bestia… » (-ne fait pas ça, sale bête- en italien, sa langue d’origine), et arrêta à temps le bras meurtrier. L’affaire se termina là, la justice fit le reste.

 
 
NB : Signurella (ou signuruccia) signifie petite signora. Signora, pour les femmes, Sgio pour les hommes (et Don, plus courant) étaient chez nous des titres attribués aux gens de qualité. Ici, cette dame, qui n’avait pas tous les ‘attributs’ pour être qualifiée de signora était tout de même assez considérée pour mériter celui de signuruccia titre légèrement en-dessous dans l’échelle sociale.



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